Sobriétés: Programme
modifié le: 2012-05-14
 

1. Programme scientifique et technique
Nous proposons un programme de recherche de trois ans, durant lesquels notre équipe pourra mener à bien trois tâches scientifiques successives, correspondant aux trois axes présentés ci-dessous. Pour chacune de ces tâches, notre équipe de recherche associera l’ensemble des acteurs régionaux impliqués dans le projet, de manière à toujours conserver le souci des retombées opérationnelles des données scientifiques produites.


  janv. févr. mars avril mai juin juill. août sept. oct. nov. déc.
2010   Tâche 1 : Étude d’acteurs régionaux
2011  (suite tâche 1)   Tâche 2 : Évaluation des pratiques régionales de sobriété
2012  (suite tâche 2)  Tâche 3 : Valorisation et institutionnalisation
2013  (suite tâche 3)  

 


Chacune de ces tâches se conclura par la remise d’un rapport spécifique : rapports intermédiaires pour les tâches 1 et 2, rapport final pour la tâche 3.
De plus, chacune de ces tâches sera rythmée par l’organisation de journées thématiques (cinq journées d’études organisées en région où seront conviés des représentants de chacun des partenaires associés au projet, pour travailler sur l’un des aspects du thème de la tâche en cours) et par l’organisation de séminaires extériorisés (deux déplacements prévus auprès d’acteurs britanniques et italiens de la sobriété avec lesquels les partenaires associatifs et institutionnels du programme de recherche souhaiteraient confronter leurs pratiques de sobriété).

1.1.    Un protocole de recherche ouvert et inclusif
Au cours de la préparation de ce programme de recherche, nous avons été pris contact avec plusieurs partenaires associatifs et institutionnels potentiels. Nous avons finalement sélectionné ceux qui nous semblaient présenter les démarches les plus innovantes en matière de sobriété énergétique, mais aussi ceux qui se montraient le plus désireux de s’investir dans un protocole de recherche ouvert et inclusif, dans le cadre duquel il leur sera demandé de participer à la réflexion collective que nous entendons engager à l’échelle régionale dans le cadre de ce programme de recherche. Nous avons également veillé à ce que notre groupe de recherche mêle des experts scientifiques (CERAPS, LSMRC, CLERSÉ), des acteurs institutionnels (Conseil Régional, ADEME, Mairie de Lille, Mairie de Loos-en-Gohelle, Fédération des centres sociaux du Nord), des acteurs associatifs (association Chênelet, association À petits pas, association Le Pas de côté, association Magdala, Forum permanent de l’insertion, réseau lillois des AMAP) et des acteurs privés (PICOM).

Suite aux contacts que nous avons pris pour construire ce projet, nous avons pu constater qu’il existe chez ces acteurs une forte demande collective d’accompagnement des pratiques innovantes : cette attente est intimement liée au questionnement actuellement émergent sur la nécessité d’inventer ce que l’on appelle « la seconde étape du développement durable » (1). Après une première étape consacrée à la communication, à la pédagogie et aux expérimentations localisées, il s’agit maintenant de valoriser et de diffuser plus largement les bonnes pratiques identifiées et évaluées. Mais il s’agit aussi de poursuivre l’expérimentation innovante en explorant de nouvelles pistes d’action, notamment en matière de maîtrise de la demande énergétique : la région Nord-Pas-de-Calais ayant été pionnière dans la première étape du développement durable (2), elle dispose d’acteurs et d’outils qui devraient lui permettre d’être pionnière dans la seconde étape – à condition toutefois de savoir identifier les expériences aujourd’hui innovantes et de mutualiser leurs retours d’expérience. C’est ici que notre programme de recherche propose d’accompagner par son expertise scientifique les acteurs innovants de la sobriété énergétique régionale, de manière à étudier, évaluer, valoriser et institutionnaliser les bonnes pratiques de sobriété qui pourraient contribuer à un saut qualitatif et quantitatif en matière de maîtrise de la demande énergétique.

Par la diversité des partenaires associés au programme de recherche, nous entendons inciter à la mise en réseau des acteurs régionaux de sobriété énergétique et la mutualisation de leurs expériences et de leurs bonnes pratiques. Cette mise en réseau et cette mutualisation seront favorisées par l’association de l’ensemble des partenaires associatifs et institutionnels du programme de recherche à l’organisation des cinq journées thématiques et des deux séminaires extériorisés, ainsi que par la mise en place d’une plate-forme numérique permettant la communication des données produites entre tous les membres du partenariat.

1.2.    Description du programme scientifique par tâches

Tâche 1 : Étude d’expérimentations régionales de sobriété. Au cours de cette tâche, notre équipe procédera à l’inventaire, à l’expertise et à l’évaluation des expérimentations régionales de sobriété énergétique. Pour ce faire, un protocole de recherche sera mis en place avec les différents acteurs régionaux de sobriété qui se sont associés au projet, qu’ils soient associatifs, institutionnels ou privés. Des séances d’observation participante et des séries d’entretiens narratifs seront menées, mais il s’agit aussi d’associer l’ensemble des partenaires à une réflexion collective au cours de journées d’études sur les différentes facettes de la sobriété énergétique en tant qu’outil de maîtrise de la demande d’énergie. À ce titre, l’expérience de Nil Ozcaglar-Toulouse obtenue dans le cadre du projet PICRI (« Partenariats Institutions Citoyens pour la recherche et l’innovation ».) Commerce équitable (www.picri-commerce-equitable.fr/) sera mis en profit pour la mise en réseau des acteurs.

Cette phase de la recherche sera également consacrée à la réalisation d’une série d’enquêtes de terrain pour mener une étude socio-anthropologique des expériences-pilotes étudiées. Il est prévu que pour chacune de ces études de terrain, un ou deux des membres de l’équipe de recherche se rendent sur place pour y effectuer des séances d’observation participante et des séries d’entretiens avec les individus à l’initiative de ces expériences-pilotes. Les données qui seront ainsi réunies seront réunies et mises à disposition de l’ensemble des partenaires (notamment via la plate-forme numérique du programme, voir ci-dessous) et serviront de base à une analyse critique conjointement menée par l’ensemble des membres de l’équipe de recherche à l’occasion des rencontres régulières qui les réuniront à Lille. Des études de terrain seront réalisées auprès de nos partenaires régionaux (institutionnels et associatifs) : Mairie de Lille, Mairie de Loos-en-Gohelle, association Chênelet, association À petits pas, association Magdala, Forum permanent de l’insertion, Fédération des centres sociaux du Nord, réseau des AMAP lilloises. Ses acteurs régionaux de sobriété ont été sélectionnés de manière à ce que leur diversité permette d’établir une première typologie des approches de la sobriété énergétique : conformément aux attentes exprimées par l’ADEME et le Conseil régional dans la lettre nous invitant à déposer un dossier de candidature, nous pourrons ainsi mieux qualifier les motivations des personnes impliquées dans les expériences-pilotes de sobriété énergétique. La liste des expériences-pilotes régionales étudiées n’est pas fermée et pourra évoluer en fonction des attentes de nos partenaires institutionnels (Conseil régional, ADEME) et des expériences susceptibles d’émerger après que le programme sobriété ait déjà commencé. Des frais de déplacement sont prévus dans le bilan financier prévisionnel global pour effectuer ces études de terrain.

Cette première période du programme sera aussi l’occasion de mener une étude de la littérature scientifique internationale relative à la notion de sobriété énergétique. Les membres de l’équipe ayant déjà abordés ce thème au cours de leurs recherches précédentes, ils sont familiarisés avec cette littérature et permettront d’en dresser un vaste panorama, tout en soulignant les nuances et les clivages qui peuvent apparaître entre les différentes approches de la sobriété : sobriété inclusive, exclusive, par le retrait, par démarche individuelle, par démarche collective… À ce sujet, le recours à une analyse de la littérature scientifique étrangère s’avèrera particulièrement intéressante. Nos réseaux scientifiques nous permettront d’approfondir encore ce travail d’inventaire et de recensement autour de la notion de sobriété énergétique. Des frais de documentation sont prévus dans le bilan financier prévisionnel global pour mener à bien cette partie de la recherche.

Une journée thématique est prévue au cours de cette période, à laquelle seront associés l’ensemble des partenaires associés au programme (y compris les partenaires étudiés), et durant laquelle nous tâcherons d’approfondir collectivement les critères de qualification des pratiques de sobriété énergétique.

Tâche 2 : Évaluation (sociale, économique et environnementale) des pratiques régionales de sobriété. Conformément aux attentes exprimées par l’ADEME et le Conseil régional dans la lettre nous invitant à déposer un dossier de candidature, nous procéderons ici à une première évaluation sociale, économique et environnementale des pratiques régionales de sobriété. L’évaluation sociale de ces pratiques consistera notamment en l’analyse de l’importance accordée à la question des inégalités sociales dans ces pratiques de sobriété : l’analyse d’acteurs tels que le réseau des centres sociaux et de leur rapport à la sobriété énergétique contribuera bien sûr à la qualité de cette analyse. L’évaluation économique consistera en l’analyse de la viabilité économique de ces démarches de sobriété, notamment lorsque les structures qui les portent s’inscrivent dans des démarches de réinsertion par le travail : l’expertise du CLERSÉ en matière d’économie sociale et solidaire sera ici mis à profit. Enfin, l’évaluation environnementale consiste en une analyse des gains énergétiques effectivement obtenus grâce à l’adoption de ces bonnes pratiques de sobriété énergétique : même si notre approche reste clairement une approche qualitative de la maîtrise de la demande d’énergie, nous tâcherons d’étudier dans quelle mesure les acteurs régionaux étudiés peuvent s’emparer d’indicateurs quantitatifs de consommation énergétique et se les approprier pour optimiser leur démarche de sobriété. Les attentes exprimées par l’ADEME et le Conseil régional en matière d’évaluation environnementale des démarches de sobriété (gain énergétique effectif et potentiel) devraient ainsi pouvoir être satisfaites.

Pour optimiser l’évaluation à laquelle nous procéderons au cours de cette tâche, nous confronterons les pratiques régionales de sobriété énergétique à des expériences étrangères comparables. Cette confrontation se fera conformément aux méthodes d’analyse comparative (méthode de Science politique qui sera mise en œuvre par le CERAPS) et de benchmarking (méthode de marketing qui sera mise en œuvre par le LSMRC). Nous proposons notamment l’analyse de deux réseaux européens, qui ont été développés dans des contextes institutionnels et territoriaux différents, mais qui ont tous deux récemment suscité un grand intérêt en France, et notamment chez plusieurs de nos partenaires associatifs et institutionnels : le réseau britannique des transition towns, et le réseau italien des città slow. La Mairie de Lille a récemment engagé une démarche de réhabilitation urbaine d’un quartier appelé à devenir un territoire de « ville douce » (dans la logique des « villes lentes » italiennes), et souhaite engager dès 2010 un grand exercice de concertation et de suivi autour du renouvellement de son Agenda 21, qui reprendrait certains des principes des villes en transition britanniques. Cet exemple montre à quel point nos partenaires institutionnels et associatifs peuvent être demandeurs non seulement d’une évaluation de leurs propres démarches de sobriété, mais aussi d’une confrontation de leurs démarches à d’autres expériences similaires susceptibles de renouveler et d’optimiser leur approche de la question. Les acteurs régionaux seront donc directement associés à cette phase de la recherche, puisqu’en fonction des disponibilités de chacun, des journées d’études communes aux acteurs régionaux et internationaux seront organisées en région et à l’étranger (Royaume-Uni, Italie). Une attention particulière sera portée à l’influence des différents contextes (politiques, économiques, environnementaux, sociaux) dans lesquels sont développées telles ou telles pratiques de sobriété, et notre analyse tâchera de mettre l’accent sur l’évaluation des conditions de reproductibilité des différentes démarches localement engagées. Parallèlement, l’étude des acteurs régionaux se poursuivra, puisque nous construisons ce programme de recherche dans une logique de recherche-action permettant un suivi, un accompagnement et une expertise dans la durée des démarches régionales de sobriété énergétique. Des frais de déplacement sont prévus dans le bilan financier prévisionnel global pour effectuer ces études de terrain.

Durant cette période, les informations obtenues au cours des premiers mois de l’étude seront soumises à un travail d’analyse critique systématique pour évaluer leur degré de diffusion et de reproductibilité dans le contexte social, économique et institutionnel de la région Nord-Pas-de-Calais. L’un des enjeux de cette phase de l’analyse consistera donc à définir les conditions qui permettent à certaines expériences-pilotes de se diffuser avec un certain succès, comme le fait par exemple le réseau britannique des transition towns dont le réseau croît aujourd’hui à grande vitesse, alors que d’autres expériences ne parviennent pas à dépasser le stade de la simple expérimentation marginale. Nous tâcherons notamment de croiser cette analyse avec les données que nous aurons récoltées auprès des acteurs régionaux de sobriété au cours de la tâche 1 de ce programme de recherche.

Les enquêtes de terrain se poursuivront au cours de cette période, mais en se recentrant précisément sur les expériences-pilotes qui ont réussi le passage de l’expérimentation isolée à la reproductibilité. Nous insisterons notamment sur les logiques d’institutionnalisation qui se mettent généralement en œuvre lorsqu’une expérience-pilote commence à faire l’objet d’une large diffusion. L’évaluation du rôle de cette reproductibilité dans l’enclenchement des phases de conversion présentées ci-dessus sera également centrale. Des frais de déplacement sont prévus dans le bilan financier prévisionnel global pour effectuer ces études de terrain.

Un séminaire extériorisé est prévu au cours de cette période, qui permettra à une dizaine de participants issus des différents partenaires institutionnels et associatifs du programme de recherche d’aller à la rencontre des acteurs du réseau britannique des transition towns (Totnes, Royaume-Uni). Cet événement sera conçu de manière à favoriser la mise en réseau des acteurs régionaux de sobriété participant au déplacement, et de manière à concrétiser l’entrée dans la phase d’évaluation et de mise en comparaison des pratiques régionales de sobriété énergétique. Il sera l’un des moments forts de notre démarche de confrontation au terrain des acteurs régionaux de sobriété, qui seront amenés à la rencontre d’autres acteurs, ayant développé d’autres approches de la sobriété. Des formations et une initiation aux outils d’évaluation et de valorisation de la sobriété proposés par ce mouvement pourront être organisés sur place pour l’ensemble des participants.
Deux journées thématiques sont également prévues au cours de cette phase du programme de recherche. La première sera consacrée à l’analyse de la territorialisation des pratiques de sobriété, c’est-à-dire à la manière dont toutes les expériences étudiées s’inscrivent dans des contextes territoriaux particuliers sur le plan social, environnemental, économique, institutionnel… Ce contexte détermine les approches envisageables de la sobriété énergétique et doit être pris en compte dans leur évaluation sociale, économique et environnemental, ainsi que dans l’évaluation de leurs perspectives de reproductibilité. La seconde journée d’étude sera consacrée à la mise en question des pratiques de sobriété, c’est-à-dire à l’évaluation des limites objectivement observables auxquelles sont confrontés les différents acteurs étudiés au cours de leur démarche de sobriété énergétique. Nous insisterons sur l’analyse des obstacles et des conflits qui peuvent peser sur ces acteurs, en insistant notamment sur la dimension problématique que pose la définition de nouveaux modes de consommation plus sobres en énergie : pour ce faire, nous mettrons à profit l’expérience acquise par l’équipe de marketing du LSMRC en matière d’évaluation socio-économique des pratiques de consommation durable.

Tâche 3 : Valorisation et institutionnalisation des pratiques régionales de sobriété
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Il s’agira enfin ici d’analyser les synergies envisageables entre les acteurs régionaux de sobriété, ainsi que les mesures d’accompagnement qui pourraient permettre aux collectivités territoriales d’initier et de favoriser ces dynamiques collaborative. Les méthodologies et les bonnes pratiques de sobriété énergétique développées en contexte étranger seront plus spécifiquement expertisées et évaluées au regard des spécificités territoriales et institutionnelles de la région Nord-Pas-de-Calais. Là encore, les acteurs régionaux de sobriété seront associés au protocole de recherche, de manière à insister sur les perspectives d’appropriation des données produites, et donc sur leur dimension opérationnelle. L’engagement de la Mairie de Lille dans notre partenariat, qui devrait se concrétiser par notre association au groupe de suivi de l’Agenda 21 renouvelé et par l’organisation de focus groups sur le thème de la sobriété, contribuera évidemment à la validité opérationnelle de notre questionnement sur l’institutionnalisation des pratiques de sobriété énergétique.

Au cours de cette phase de l’étude, nous examinerons quelles sont les conditions qui permettent à un territoire de s’approprier une expérience-pilote de sobriété énergétique. L’appropriation consiste ici à reproduire l’expérience-pilote en l’adaptant davantage au contexte local particulier dans lequel on souhaite l’implanter. Nous tâcherons notamment de nous interroger sur la dimension sociale de la sobriété énergétique, en analysant ses relations avec la question des inégalités sociales propres à chaque territoire. Nous nous interrogerons également sur les clivages qui peuvent apparaître entre territoires ruraux et territoires urbains, en fonction notamment de leur densité de population.
Les enquêtes de terrain se poursuivront au cours de cette phase de l’étude, et se concentreront sur les démarches présentant des perspectives de valorisation et d’institutionnalisation. L’ensemble des données collectées au cours du programme de recherche sera l’objet d’une analyse critique spécifiquement axée sur les perspectives d’appropriation des démarches de sobriété énergétique dans le contexte général de la région Nord-Pas-de-Calais. Une importance particulière sera donnée à l’analyse des leviers dont disposent les acteurs locaux, et notamment les collectivités territoriales, pour favoriser l’enclenchement de dynamiques collectives de sobriété énergétique susceptibles d’engendrer la valorisation et la diffusion des bonnes pratiques de sobriété qui sont actuellement expérimentées par des acteurs régionaux. Des frais de déplacement sont prévus dans le bilan financier prévisionnel global pour effectuer ces études de terrain.

Un séminaire extériorisé est prévu auprès du réseau italien des città slow, qui doit permettre à une dizaine de participants issus des différents partenaires du programme de recherche d’aller à la rencontre des acteurs ayant élaboré des démarches de sobriété énergétique dans le cadre de ce réseau. Le choix du réseau des città slow se justifie par l’importance accordée dans ce réseau à l’association des collectivités locales et des institutions à la valorisation de leur démarche. Ce séminaire sera l’un des moments forts de notre démarche de confrontation au terrain des acteurs régionaux de sobriété, qui seront amenés à la rencontre d’autres acteurs, ayant développé d’autres approches de la sobriété. Des formations et une initiation aux outils d’évaluation et de valorisation de la sobriété proposés par ce mouvement pourront être organisés sur place pour l’ensemble des participants. 
Deux journées thématiques sont également prévues au cours de cette période, au cours de chacune desquelles sera abordé un thème relatif aux conditions de valorisation et d’institutionnalisation des démarches de sobriété énergétique dans le contexte spécifique de la région Nord-Pas-de-Calais. La première sera consacrée à la question des inégalités sociales, et à la manière dont leur traitement peut ou non se faire en synergie avec la valorisation et l’institutionnalisation des « bonnes pratiques » de sobriété énergétique : pour ce faire, nous mettrons à profit l’expertise dans ce domaine de l’équipe du CERAPS, et notamment l’expérience acquise par Bruno Villalba et Caroline Lejeune dans leurs travaux avec le Conseil régional sur « L’écocitoyenneté tout au long de la vie ». La seconde journée thématique sera consacrée à la confrontation des pratiques de sobriété avec le monde des acteurs économiques traditionnels, là encore pour identifier les éventuelles synergies envisageables pour la valorisation et l’institutionnalisation de ces pratiques hors du contexte social dans lequel elles ont été expérimentées : pour ce faire, nous mettrons à profit les réseaux et l’expertise dont dispose l’équipe de marketing du LSMRC, en organisant notamment cette journée d’étude en partenariat avec le PICOM (Pole de compétitivité des Industries du Commerce).

Une école thématique CNRS pourra être proposée à ce stade de l’étude : elle serait organisée en association avec d’autres partenaires, de manière à dresser le bilan scientifique du programme de recherche et à tracer les pistes des recherches qui devront prolonger la réflexion relative aux modes de valorisation et d’institutionnalisation de la sobriété énergétique. Pour ce faire, conformément aux modalités habituelles d’organisation des écoles thématiques CNRS, une programmation scientifique devra être élaborée et des cofinancements spécifiques devront être recherchés dès la première année de notre programme de recherche.

Le rapport final du programme de recherche dressera le bilan des données ainsi obtenues, en accordant une importance particulière aux conditions et aux perspectives d’appropriation, de valorisation et d’institutionnalisation des démarches de sobriété énergétique en Nord-Pas-de-Calais. Nous insisterons notamment sur les spécificités régionales (économiques, environnementales et sociales) et sur les possibilités de synergie avec la mise en œuvre du Plan Climat Nord-Pas-de-Calais.

1.3.    Cadre théorique, méthodologique et technique
Conformément aux attentes exprimées par l’ADEME et le Conseil régional dans la lettre nous invitant à déposer un dossier de candidature, nous avons pris soin de mieux présenter le cadre méthodologique sur lequel ce programme de recherche doit s’appuyer.
Pour étudier les mécanismes d’apprentissage et d’appropriation des bonnes pratiques de sobriété développés par les acteurs régionaux, nous proposons de privilégier une approche pluridisciplinaire dans laquelle chacun des laboratoires de recherche associés pourra apporter sa propre spécialité et sa propre expertise. Cette approche nous paraît impérative pour rendre compte de la diversité et de la complexité de leurs logiques d’actions et établir un va-et-vient constant entre les différents acteurs locaux étudiés (collectivités territoriales, associations, entreprises, usagers et habitants), leurs stratégies, leurs échelles territoriales d’interventions et le contexte politique et institutionnel dans lequel ils s’inscrivent. Le CERAPS, porteur du projet, mènera une analyse relevant du domaine de la Science politique, de la Sociologie de la mobilisation et de la Sociologie de la décision publique. Le LSMRC apportera son expertise dans le domaine du Marketing, notamment précieuse pour l’étude de l’élaboration, de la valorisation et de la diffusion de pratiques de consommation plus sobres. Enfin, le CLERSÉ apportera une analyse relevant du champ de l’Économie, et son expérience dans l’étude des acteurs de l’économie sociale et solidaire nous permettra de mieux évaluer la viabilité des démarches de sobriété engagées par les acteurs régionaux étudiés.

Si le questionnement général de l’étude, dérivé d’une problématique de science politique, vise à saisir les enjeux socio-politiques qui se constituent autour de la construction de scénarios de sobriété acceptables par les acteurs locaux, sa résolution passe nécessairement par la mobilisation d’autres approches. Notre problématique nous conduira, pour mieux comprendre comment l’introduction et l’usage de ces scénarios participent à la redéfinition des formes de la négociation locale, à privilégier également une approche de Sociologie des acteurs institutionnels et de la décision publique. Cette approche nous semble essentielle pour rendre compte de l’émergence au sein des discours politiques locaux des visions contradictoires autour de ces notions (sobriété, bonnes pratiques, etc.), son inscription dans les programmes d’action publique à travers une requalification éventuelle des objectifs d’un développement durable entrant dans sa « seconde étape », son objectivation dans des services mais également des transformations possibles de production de la décision publique locale (notamment à travers l’analyse des procédures de concertation locale, la mise en place d’outils pédagogiques auprès des habitants, etc.). Enfin, le détour par la Sociologie des acteurs et des mobilisations nous semble indispensable à réaliser pour tenter d’apporter des éléments de réponse aux questions des capacités d’appropriation par les citoyens (acteurs associatifs mais aussi habitants non organisés) des scénarios de la sobriété.

En termes méthodologiques, notre étude s’appuiera notamment sur :

Enquêtes monographiques : étude des acteurs régionaux qui participent à l’invention de pratiques énergétiques innovantes et à la mise en place de lieux mettant en scène la sobriété – lieux associatifs, communes exemplaires, etc. Nous évaluerons les représentations et les pratiques qui motivent les choix de ces acteurs locaux, en insistant particulièrement sur la transversalité des mécanismes de représentation et sur l’analyse des controverses suscitées par ces questions. Les membres de notre équipe procéderont également à des observations participantes au sein de dispositifs dans différents sites choisis en raison de l’état d’avancement des expérimentations (ce qui pourra donner lieu à des évaluations ex post). Concernant le cadre de l’analyse des mobilisations, le terrain envisagé tentera de saisir l’investissement par des acteurs associatifs engagés dans l’aide au développement de la thématique de la sobriété. Il s’agit également de mener une analyse discursive des discours produits dans le cadre de certains centres intellectuels (revues, sites spécialisés, ouvrages fondamentaux) et des actions militantes menées sur ces bases, et d’appréhender la confrontation de ce champ intellectuel à une culture institutionnelle plus classique (espaces des collectivités territoriales). Des entretiens seront également réalisés auprès d’acteurs, d’associations impliquées dans ce champ, afin de mieux cerner leurs mécanismes d’apprentissage et d’appropriation des formes de sobriété et d’analyser les processus de diffusion et d’appropriation dans d’autres espaces institutionnels.
  — Un protocole de recherche ouvert et inclusif, par lequel nous entendons favoriser la mise en réseau des acteurs régionaux de sobriété énergétique et la mutualisation de leurs expériences et de leurs bonnes pratiques. Cette mise en réseau et cette mutualisation seront favorisées par l’association de l’ensemble des partenaires associatifs et institutionnels du programme de recherche à l’organisation des cinq journées thématiques et des deux séminaires extériorisés, ainsi que par la mise en place d’une plate-forme numérique permettant la diffusion interne et/ou externe des données produites au cours de la recherche.
Une approche comparative, qui devra permettre la confrontation des acteurs régionaux de sobriété à d’autres manières d’approcher et de concevoir les enjeux liés à la sobriété énergétique, en vue d’enrichir leurs propres démarches. Cette approche comparative sera particulièrement valorisée dans l’organisation des journées thématiques et des séminaires extériorisés auxquels seront associés tous les partenaires du programme de recherche. Notre volonté sera ainsi de favoriser la rencontre et la mise en réseau des acteurs régionaux de sobriété, mais aussi de confronter ces acteurs à d’autres terrains et à d’autres acteurs ayant développé des approches innovantes de la sobriété énergétique : le réseau britanniques des transition towns et le réseau italien des città slow, ainsi qu’un éclairage à travers la confrontation avec certaines expériences de la région Picardie.
  — Une approche qualitative de la sobriété, enrichie d’une confrontation des acteurs régionaux à des outils quantitatifs d’évaluation de leur démarche. Conformément aux attentes exprimées par l’ADEME et le Conseil régional dans la lettre nous invitant à déposer un dossier de candidature, il s’agira ici de favoriser la mise en place de démarches d’évaluation environnementale des pratiques de sobriété développées par les acteurs régionaux. Pour ce faire, la confrontation de ces acteurs à des outils d’évaluation quantitative du gain énergétique obtenu devra permettre de questionner les résultats obtenus au regard des contraintes socio-environnementales auxquelles ces démarches étaient supposées répondre en termes de maîtrise de la demande énergétique. Notre équipe accompagnera bien entendu cette confrontation, notamment au cours des journées d’étude.
  — Des méthodes d’animation de groupe, qui seront notamment mises en œuvre à certains moments des journées thématiques et des séminaires extériorisés pour favoriser la mise en réseau des acteurs régionaux de sobriété et la mutualisation de leurs bonnes pratiques et de leurs retours d’expérience. Pour ce faire, nous nous appuierons notamment sur l’expérience en la matière de l’équipe du LSMRC, ainsi que sur celle de l’association partenaire Le Pas de côté. La mise en place de ces dynamiques de groupe et de ces synergies sera l’un des enjeux majeurs des journées thématiques, dans la mesure où cette mise en place déterminera en partie la perspective d’enclenchements durables de dynamiques collectives de sobriété énergétique entre acteurs de la région Nord-Pas-de-Calais.

Cette approche méthodologique permettra d’identifier les espaces de rencontre et de négociation entre ces acteurs (stratégies de résolution des conflits entre perceptions différentes), que séparent des cultures théoriques et des pratiques professionnelles variant en fonction de leurs socialisations respectives. Nous pourrons ainsi appréhender les modes innovants de médiation, de conciliation et de diffusion des stratégies individuelles, organisationnelles et institutionnelles destinées à mettre en œuvre ces scénarios de sobriété.

2.    Résultats escomptés et retombées attendues pour les différents partenaires
Nous souhaitons que les trois années consacrées au programme SOBRIÉTÉS soient, pour l’ensemble des partenaires, un temps consacré à l’apprentissage collectif : dans cet esprit, nous développerons l’idée des cinq journées thématiques, des trois séminaires extériorisés et de l’école thématique que nous proposons (voir paragraphe 1.7.2.).
Mais nous tenons aussi particulièrement à ce que les résultats obtenus au cours de ces trois années de recherche puissent être utilisés au-delà du seul projet SOBRIÉTÉS : nous insisterons donc ici sur les outils pédagogiques et d’aide à la décision que nous souhaitons contribuer à mettre en œuvre. Notre volonté est que ces outils puissent servir au-delà des trois prochaines années, non seulement par les partenaires de notre projet, mais aussi par d’autres acteurs susceptibles de se les approprier : autres collectivités territoriales, acteurs associatifs, universitaires, etc. La diffusion des résultats obtenus et des outils pédagogiques créés servira la visibilité et la stratégie proactive d’exemplarité de nos partenaires institutionnels, tout en s’inscrivant dans une logique de validation scientifique de la démarche engagée.

2.1.    Mutualisation des expérimentations régionales
Au-delà de la mise en réseau des acteurs régionaux de sobriété énergétique, la mutualisation des expérimentations régionales de sobriété nous permettra d’établir une base de travail commune, à partir de laquelle nous pourrons produire des outils collectifs de compréhension et d’appréhension de la sobriété énergétique en tant que contribution potentielle à la maîtrise de la demande énergétique. Cette construction d’un langage et d’un cadre d’analyse commun doit être conçue pour susciter et favoriser un renforcement des liens entre acteurs institutionnels et associatifs dans la perspective d’une valorisation régionale des bonnes pratiques de sobriété énergétique. Les liens ainsi créés et entretenus au cours des trois années du programme de recherche fourniront un cadre d’analyse commun et des habitudes de travail constituant les bases de réseaux pérennes à l’échelle régionale sur la thématique de la sobriété énergétique. La mutualisation des expérimentations régionales est donc appelée à se poursuivre au-delà du présent programme de recherche.

Création d’une base de données sur les démarches de sobriété énergétique. Comme première étape de cette mutualisation, nous entendons créer une base de données spécifiquement consacrée à la thématique de la sobriété énergétique. Nous concevons cette base de données comme une cartographie évolutive des expériences-pilotes innovantes en matière de durabilité à l’échelle régionale, qui se concentrent notamment sur l’enclenchement de phases de conversion significative à l’échelle d’une population locale. La problématique de l’institutionnalisation de ces démarches et celle des mesures d’accompagnement du changement social seront donc centrales. La base de données comportera d’abord une bibliographie internationale de la littérature consacrée à ces expériences-pilotes, tant du point de vue de leur légitimation théorique que du compte-rendu de leur expérimentation pratique. Mais nous tâcherons encore d’apporter un regard critique à cette base de données, de manière à ne pas simplement dresser un inventaire de ces expériences-pilotes. Notre idée serait plutôt de valoriser les expériences-pilotes qui font preuve d’inventivité inclusive dans leur démarche, c’est-à-dire celles qui parviennent à mettre en place des logiques d’institutionnalisation, de négociation et de médiation avec le monde extérieur. Au final, la base de données devra nous fournir les outils intellectuels permettant d’effectuer une catégorisation des démarches de sobriété. La base de données sera donc une ressource scientifique pour profiter des retours d’expérience de ces expériences-pilotes, et sera conçue comme un outil évolutif de mise en commun des connaissances et d’apprentissage collectif, auquel seront associés tous les partenaires du projet.

Constitution de réseaux régionaux pérennes autour de la sobriété énergétique. La base de données proposée ci-dessus ne doit pas être désincarnée : nous proposons plutôt de la construire parallèlement à l’élaboration de réseaux régionaux pérennes d’acteurs de la sobriété qui lui donneront une dimension plus concrète. En effet, notre programme de recherche est conçu pour offrir à l’ensemble des partenaires l’occasion de rencontrer d’autres acteurs de sobriété et de profiter mutuellement de leurs retours d’expérience respectifs. Des enquêtes de terrain sont donc prévues au cours de cette étude, au cours desquelles des membres de notre équipe iront pratiquer l’observation participante et réaliser des séries d’entretiens sur les lieux mêmes des initiatives innovantes qui nous intéressent : les résultats de nos recherches seront évidemment mis à disposition des partenaires associés au projet, mais ils seront aussi discutés par l’ensemble des partenaires au cours des cinq journées thématiques prévues pour l’étude des différentes facettes de la sobriété énergétique. Ces journées d’étude seront conçues de manière à favoriser l’entrée en contact des différents partenaires associés au programme de recherche. Nous comptons dans la mesure du possible publier le compte-rendu de chacune de ces journées thématiques, de manière à ce que la constitution de ce réseau soit davantage matérialisée et identifiable. Enfin, l’organisation des séminaires extériorisés permettra de renforcer les liens interpersonnels entre les animateurs des démarches régionales de sobriété, mais aussi d’établir des têtes de pont entre le réseau régional de la sobriété énergétique et d’autres réseaux équivalents à l’étranger, comme les transition towns et les città slow. Voir paragraphe 1.7 pour le détail de l’organisation et du contenu des journées thématiques et des séminaires extériorisés.

Création d’une plate-forme numérique. Notre programme de recherche prévoit également la création d’une plate-forme numérique qui constituera un espace de collaboration entre tous les partenaires du projet, pendant les trois années de l’étude et au-delà. Cette plate-forme sera mise en œuvre dès les premiers mois du projet, de manière à pouvoir être régulièrement alimentée et consultée par l’ensemble des partenaires à mesure que nous accumulerons les données et les analyses. Nous prévoyons d’y mettre en ligne les éléments de la base de données évoquée ci-dessus, et notamment les données disponibles concernant les expériences-pilotes que nous aurons étudiées, des comptes-rendu des séminaires organisés… La plate-forme renverra également aux diverses publications scientifiques que notre équipe prévoit de produire sur le thème de la sobriété au cours des trois prochaines années. L’objectif escompté est ici que cette plate-forme numérique ne cesse pas d’exister et d’être utilisée à la fin du programme de recherche, mais plutôt qu’elle devienne un espace-ressource pour l’ensemble des partenaires du projet et pour les organismes extérieurs à ce projet. Elle pourrait également être réinvestie par la suite pour suivre sous un angle scientifique l’évolution des futures expériences de valorisation et d’institutionnalisation des démarches de sobriété en Nord-Pas-de-Calais. Une collaboration avec le CERDD est envisagée pour ce travail (contact au CERDD : Antoine Goxe).

2.2.    Retours d’expériences et bilan critique des pratiques existantes
La constitution de réseaux pérennes d’acteurs régionaux de la sobriété énergétique et d’une base de données sur ce thème rendra possible une évaluation croisée des expériences observées et de leur potentiel de diffusion, de valorisation et d’institutionnalisation au regard des spécificités sociales, économiques et environnementales du territoire régional.

Évaluation croisée des démarches de sobriété existantes dans la région Nord-Pas-de-Calais. Le CERAPS, le LSMRC et le CLERSÉ se sont associés de manière à pouvoir construire ce programme de recherche dans une perspective interdisciplinaire : le CERAPS apportera son expertise en matière de Science politique et de Sociologie de l’action publique, le LSMRC en matière de Management et de Marketing, et le CLERSÉ en matière d’Économie. Les autres partenaires institutionnels, privés et associatifs seront associés à cette évaluation croisée au cours des journées thématiques, dans la mesure où notre protocole de recherche sera conçu pour susciter la réflexion et le questionnement des acteurs régionaux de sobriété en les confrontant à d’autres manières d’approcher et d’appréhender la question de la sobriété énergétique. Cette évaluation croisée doit être à la base d’une évaluation scientifique rigoureuse  des potentialités économiques, sociales et environnementales des démarches de sobriété énergétique à l’œuvre dans la région, ainsi que de leurs perspectives de valorisation, de diffusion et d’institutionnalisation.

Mise en perspective critique dans le cadre du territoire Nord-Pas-de-Calais. Pour que les bonnes pratiques de sobriété identifiées et évaluées aient une chance d’être valorisées et institutionnalisées dans le territoire régional, il nous faudra mettre les résultats obtenus en perspective dans le cadre du territoire Nord-Pas-de-Calais. Pour cela, il est prévu que le rapport final accorde une place importante à l’évaluation des expériences-pilotes étudiées, mais aussi à leur potentialité réelle au regard des diverses spécificités régionales : spécificité géographique, urbaine, sociale, industrielle, etc. Pour l’ensemble des partenaires, l’enjeu est ici que les résultats obtenus ne soient pas abstraits et désincarnés : nous ambitionnons plutôt de confronter les données recueillies auprès des acteurs locaux de sobriété à la réalité d’un territoire présentant un contexte très particulier et contrasté. Le résultat escompté est ici de produire un savoir qui puisse également servir de levier d’action, pour favoriser le passage à l’acte et l’adoption de pratiques environnementales plus sobres. Nous tâcherons également d’insister sur les mesures d’institutionnalisation et d’accompagnement qui pourraient être sources d’inspiration et être appropriées par les acteurs de la région Nord-Pas-de-Calais.

2.3.    Aide à la décision, à la diffusion et à l’institutionnalisation
Acquisition de compétences. Pour l’ensemble des partenaires, la réalisation du projet SOBRIÉTÉS devra se traduire par l’acquisition de compétences nouvelles. La mise à disposition d’expériences-pilotes en matière de sobriété énergétique devra en effet fournir des retours d’expérience utiles aux différents partenaires, de manière à ce que la production scientifique puisse favoriser le passage à l’acte. Pour le CERAPS, le LSMRC et le CLERSÉ, il s’agit surtout d’acquérir un savoir solide et cohérent sur les phases de conversion à des pratiques énergétiques plus sobres : en effet, à l’heure où les questions environnementales deviennent plus présentes que jamais, et où un grand nombre d’expérimentations locales se mettent à émerger, le fait de disposer des connaissances et de la méthodologie nécessaires pour savoir identifier les expériences-pilotes les plus prometteuses devient une compétence précieuse et recherchée. Le même résultat peut être escompté pour l’ADEME, le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais et nos autres partenaires institutionnels, à quoi s’ajoute encore l’acquisition d’une autre compétence : celle de développer des mesures d’accompagnement susceptibles d’enclencher plus efficacement des démarches de sobriété collective dans le cadre d’expériences-pilotes sur le territoire régional, avec la perspective d’un passage de l’expérimentation localisée à une phase de conversion plus générale.

Production d’outils pédagogiques d’aide à la diffusion des démarches de sobriété. Notre idée est aussi de favoriser la diffusion des résultats obtenus au-delà des seuls partenaires du programme de recherche grâce à la création d’outils pédagogiques d’aide à la diffusion. Nous proposons ainsi de réunir quelques éléments représentatifs, par exemple sous forme d’un coffret pédagogique. Ce coffret pourrait être utilisé comme base matérielle lors de séminaires ou d’actions d’éducation à la sobriété. Nous envisageons également d’intégrer à ce coffret un jeu de société coopératif sur le thème de la sobriété énergétique : pour réaliser ce jeu, nous pourrions mettre en place un partenariat avec l’association lilloise Le Pas de côté qui a déjà réalisé plusieurs coopératifs, comme par exemple le jeu La Route du coton sur le thème du commerce équitable. (Cette réalisation reste conditionnée par les propositions qui seront formulées par nos partenaires au cours des trois années à venir.) Pour l’ensemble des partenaires, le résultat escompté est ici de disposer d’outils pédagogiques rendant plus efficace l’animation de séminaires sur le thème de la sobriété énergétique. Il s’agit de trouver un média original, agréable et ludique pour communiquer les résultats obtenus aux personnes et aux organismes extérieurs au projet de recherche. Nous pensons notamment que le coffret pédagogique pourrait s’avérer particulièrement efficace dans le cadre de séminaires à destination de non-spécialistes, comme les élus locaux, pour leur exposer les différentes expériences-pilotes que nous aurons étudiées au cours de ces trois prochaines années.

Visibilité et démarche d’excellence environnementale. Tous les résultats énumérés ci-dessus doivent assurer aux partenaires d’importantes retombées en termes de visibilité et d’excellence environnementale. Le CERAPS, le LSMRC et le CLERSÉ auront ainsi l’occasion de consolider leurs réseaux régionaux, nationaux et internationaux en organisant les animations scientifiques prévues dans le cadre du projet, et en produisant les publications scientifiques attendues. Leur inscription dans ces réseaux consolidera la reconnaissance acquise par ces trois laboratoires au sujet des implications sociales des questions environnementales contemporaines. Cette visibilité nationale et internationale dans un domaine appelé à devenir plus important encore dans les années à venir leur garantira un positionnement favorable dans le monde de la recherche pour de futurs projets de recherche sur ces thématiques. Pour l’ADEME et le Conseil régional également, des retombées sont attendues en termes de visibilité et d’expérience en matière de développement durable. Ces partenaires institutionnels seront évidemment associés à la conception des outils pédagogiques et aux publications scientifiques, ce qui devrait leur assurer une certaine visibilité auprès des publics concernés par ces productions. L’idée est aussi d’associer ces institutions à l’évaluation critique des bonnes pratiques innovantes en matière de sobriété énergétique, et plus globalement de durabilité : en travaillant visiblement à définir les conditions de diffusion et d’appropriation de ces démarches exemplaires, ces institutions s’inscrivent aussi dans une logique d’excellence environnementale et d’exemplarité. Pour le Conseil régional Nord-Pas-de-Calais notamment, il s’agit de se construire un rôle de région pionnière dans la réflexion sur la seconde étape du développement durable (comparable à celui qui fut le sien pour la réflexion sur la première étape du développement durable).

2.4. Valorisation scientifique
Production de publications scientifiques. Les données que nous récolterons au cours de cette recherche devront être soumises à un examen critique, et être validées par une série de publications scientifiques. Les chercheurs qui représentent ici les partenaires universitaires de ce projet (CERAPS, LSMRC et CLERSÉ) vont évidemment contribuer à cette diffusion des résultats scientifique obtenus à travers leurs propres travaux, et le projet bénéficiera donc de réseaux de diffusion conséquents : outre les les publications dans des revues scientifiques à comité de lecture, des communications pourront être organisées en recourant à des réseaux locaux (Développement durable et territoires fragiles, Séminaire interdisciplinaire sur le développement durable, Maison européenne des sciences de l’homme et de la société, etc.) et internationaux. Mais nous proposons surtout d’agir de manière plus proactive en produisant des publications scientifiques sur le thème de la sobriété, notamment suite aux cinq journées thématiques et à l’école thématique que nous désirons organiser (voir paragraphe 1.7). Il s’agirait alors de réunir les interventions des membres de notre équipe et des chercheurs invités sous la forme d’un livret qui pourrait fournir la base d’un travail d’édition scientifique (sur le modèle par exemple de la collaboration du CLERSÉ avec le Conseil régional et les Éditions de L’Aube pour la publication en 2009 du livre collectif Le Développement durable, la seconde étape). Pour la région Nord-Pas-de-Calais et l’ADEME, le résultat escompté est ici d’être associées à une démarche de production scientifique de manière à asseoir leur rôle de défricheur et d’innovateur dans le domaine de la réflexion socio-environnementale et de la seconde étape du développement durable.

Démarche proactive et ambition prospective. Enfin, nous escomptons que l’ensemble des partenaires s’inscrive à travers ce projet dans une démarche proactive et dans une ambition prospective. En effet, les trois piliers de la maîtrise de la demande énergétique (renouvelabilité, efficacité et sobriété) doivent être associés les uns aux autres dans une démarche de complémentarité, mais il se trouve que les démarches de sobriété sont souvent éclipsées. Les enjeux énergétiques et climatiques des années à venir imposent de consolider cette complémentarité en y intégrant la dimension de la sobriété énergétique. Avec le projet SOBRIÉTÉS, les partenaires s’inscrivent dans une démarche clairement proactive, qui consiste à identifier maintenant quelles sont les expériences-pilotes qui peuvent nous apprendre quelque chose des préoccupations environnementales de demain. Ce projet comporte donc clairement une dimension prospective consistant à anticiper dès aujourd’hui les exigences futures en matière de maîtrise de la demande énergétique, ainsi qu’à chercher dès aujourd’hui comment mettre en place des dispositifs et des mesures d’accompagnements permettant de relever ces défis. Une recherche poussée sur les expériences-pilotes porteuses de démarches exemplaires en matière de durabilité permettra aujourd’hui à l’ADEME et au Conseil régional Nord-Pas-de-Calais de conserver la légitimité qu’ils ont acquise au cours des dernières années, chacun à leur manière, en matière de prospective environnementale et d’exemplarité.


(1) THEYS, Jacques, TERTRE, Christian du, RAUSCHMAYER Félix, ZUINDEAU, Bertrand. Le développement durable, la seconde étape. Éditions de l’Aube, 2009. (Ouvrage publié avec le concours de la région Nord-Pas-de-Calais dans le cadre de ses travaux de prospective www.2020.nordpasdecalais.fr)

  (2) VIARD, Jean. Atlas régional du développement durable Nord-Pas-de-Calais. Éditions de l’Aube, 2004. SCARWELL, Helga-Jane, KERGOMARD, Claude, LAGANIER, Richard. Environnement et gouvernance des territoires : enjeux, expériences et perspectives en région Nord-Pas-de-Calais. Presses universitaires du Septentrion, 2008.

 

 
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